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IN MEMORIAM, KEVYAN MAZDA nous a quittés

Chers Collègues,

C’est avec une grande émotion que l’équipe de Robert Debré et moi-même souhaitons faire part à la société du départ soudain le 3 octobre 2018 de notre patron, Keyvan Mazda.

Keyvan était un chirurgien spontané, énigmatique et charismatique, reconnaissable entre tous par sa voix imposante. Passionné de musique, de montres, de rugby ou encore de tapis, il s’intéressait et avait un avis tranché dans tous les domaines, bien au-delà de la médecine. Il ne reculait devant aucun défi, que ce soit dans son arène à Robert Debré ou sur la terre de ses ancêtres en Iran, pays qu’il chérissait et pour lequel il avait cofondé la chaîne de l’espoir.

Chef de service depuis 2014, Keyvan était un homme entier, juste et généreux, qui avait su fédérer et construire autour de lui une équipe dévouée qu’il considérait et protégeait comme une famille. Il était proche du personnel, bienveillant et toujours à l’écoute, un exemple d’humilité pour ses nombreux élèves, même s’il savait très bien donner l’impression inverse.

Curieux, il ne ratait pas un congrès et s’était rapidement impliqué dans les différentes sociétés savantes internationales. Innovateur, il avait débuté très tôt la thoracoscopie chez les jeunes enfants, mais aussi transmis à ses élèves la technique de fixation pelvienne par tiges trans-sacrées, découverte aux Etats-Unis et qu’il défendait avec vigueur. 

La reconnaissance internationale de Keyvan s’est ensuite amplifiée grâce au développement des bandes sous-lamaires, permettant de corriger les scolioses par translation postéromédiale qui sont désormais utilisées dans le monde entier. 

Il était fier de ses élèves et ses élèves étaient fiers de lui. Très attaché à la tradition chirurgicale française, et à ses maîtres, Pr Bensahel, Pr Deburge et Pr Guillaumat, il laissera dans notre société un vide immense, une sensation d’inachevé, mais aussi le souvenir fascinant d’un homme d’exception. 

Brice ILHARREBORDE

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Notre ami Keyvan Mazda est parti.

Toute la petite communauté pédiatrique reste interloquée par les événements de ces quinze derniers jours qui ont emporté notre ami avec brutalité. Le sentiment d’incrédulité dans lequel nous sommes plongés tient au personnage si particulier qui nous quitte et au parcours accompli avec lui durant tant d’années.

Le hasard fait que dans les années 90, une communauté de jeunes chirurgiens pédiatres, tous du même âge ou presque, poussés par des maitres prestigieux, ont eu à prendre leur place dans la transformation de la chirurgie vertébrale. Un petit groupe d’amis s’est ainsi constitué, parmi lesquels Jérôme Sales de Gauzy, Jérôme Cottalorda, Christophe Glorion puis bien d’autres. Dans ce noyau « dur » de camarades très fidèles, Keyvan Mazda  a pris toute sa mesure et même parfois sa démesure. 

Bizarrement, nous nous sommes tous connus d’abord sur les terrains des ONG alors que nous étions encore internes et nos premières réunions se sont faites à l’aéroport de Colombo, au Rex hôtel de Saïgon  ou, pour une relève rapide, au siège de la Chaine de l’Espoir. Nos carrières parallèles nous ont conduits sur des terrains moins ludique mais incontournables comme les bancs de l’ENSAM d’où nous avons pu sortir diplômés grâce à la bienveillance de Monsieur Lavaste. Nous avons entrepris ensemble de franchir les étapes qui allaient faire de nous des chefs d’équipe dignes de nos maitres. De tels parcours sont souvent chaotiques et Keyvan y a donné sa pleine mesure. 

Pour ce garçon aussi boulimique de travail que des plaisirs de la vie, les rails fixés par la bienséance et la diplomatie universitaires étaient parfois étroits. Les idées foisonnaient, les projets se succédaient à vive allure. Très souvent, ses amis jouaient le rôle de modérateurs tout comme son Maitre Georges Penneçot puis son élève Brice Ilharreborde. 

Un personnage de cette dimension est indispensable dans une communauté aussi fragile que la pédiatrie, iconoclaste avec une vraie vision de l’avenir. Au delà des innovations techniques qu’il a su initier, il a très vite compris l’importance de renforcer les liens avec la chirurgie adulte, rechercher dans l’ingénierie les solutions à nos problèmes techniques. Nous avons eu plaisir à l’aider à développer ses concepts, les argumenter au cours de longues soirées chez lui où il recevait avec une rare générosité.

Il est clair que si après l’ère Jean Dubousset, la pédiatrie française est encore écoutée et respectée à l’international, Keyvan en est certainement un des principaux artisans. Il avait certainement encore beaucoup à dire et développer sur le plan professionnel. 

Cependant, ce qui prédomine aujourd’hui, est une perte affective immense pour tous ses proches.

Jean-Luc JOUVE   

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En 1996, en frappant à la porte du bureau de mon patron je suis entré un peu rapidement sans attendre le classique « entrez ». Alain Deburge était de dos, il se retourne, dans mon souvenir ses yeux étaient humides et il me dit « je ne pensais pas à avoir à faire cela ». Il écrivait un hommage à un autre de nos amis brutalement disparu, Bruno Lassale. Je comprends depuis quelques jours à quel point cela est difficile.

Je connaissais Keyvan depuis le début de mon internat en 1984, notre parcours commun a été long. C’était incontestablement un personnage aux multiples facettes et c’est probablement ce qui en faisait son charme. C’était un clinicien, un « observateur » très fin. Même si dans le fond, et beaucoup le savaient je n’ai jamais réellement pu opérer avec lui, c’était un très bon technicien, avec ce sens si particulier de l’efficacité du geste propre à notre maitre Bruno Lassale. C’était un grand innovateur, il le faisait avec une excellente rigueur scientifique et surtout avec une créativité pleine de surprises voir même de joie et de candeur. Il avait et c’était en lui, un sens aigu de la relation médecin/malade. Il avait cette capacité à s’intéresser à tout, à discuter de tout et surtout à avoir un avis souvent très tranché sur tout. Il était particulièrement curieux, qualité rare mais indispensable en médecine. 

De tous ces visages, celui que je retiendrai le plus c’est sa profonde générosité, générosité dans ces actions, générosité dans son activité professionnelle, générosité dans son amitié. 

Nous perdons un ami mais la douleur liée à cette perte vient aussi de la prise de conscience très brutale, très forte, très aiguë, du temps qui passe. Les gens de la génération de Keyvan sont nés au début de l’aventure du renouveau de la chirurgie du rachis. En 1987, je crois, nous étions au PLM St Jacques, à Paris, pour écouter Jean Dubousset et Yves Cotrel présenter une nouvelle instrumentation, le CD … nous étions internes. Nous avons des années durant fréquenté les mêmes services, les mêmes congrès, les mêmes blocs, côtoyé les mêmes maitres, discuté interminablement de chirurgie du rachis, souvent dans un état second, refait mille fois le monde. C’est une immense partie de notre vie qui est passée et il est difficile d'en prendre brutalement conscience.

Plus que les souvenirs qui vont rester, ce sont les émotions rattachées à ceux-ci qu’il va falloir apprendre à garder. 

Pierre GUIGUI